Le plus ancien document se rapportant aux droits féodaux à Châteauneuf date du 1er Juin 1030.

C’est une charte de l’abbaye de Saint-Pons, qui nous apprend que l’évêque de Nice(de 1011 à 1030), Pons III, fils de noble Miro, « Comte de Nice » et d’Odile de Provence, seigneur du fief de Châteauneuf, qualifié en 1057 de « Vicomte de Sisteron », donne à l’abbaye de Saint-Pons le village de Châteauneuf et deux hameaux qui en dépendaient, appelés du nom de l’époque, « Sallas Ramarico »(ou Sassa Francaria) qui se trouvent sur la route de Remaurian joignant Châteauneuf à Bendejun et semblent correspondre au lieudit actuel « Les Salettes » et Ben de Juno (Bendejun).

Parmi les signataires figurent Miro et dame Odila, frère et mère de l’évêque. Les mots « aliquid ex mea », qui se lisent sur l’acte de donation, indiquent bien que Châteauneuf appartenait en propre au donateur.

En 1025 déjà, il avait fait don à son église-cathédrale, Sainte-Marie, de ses possessions du quartier Fuon Cauda sur le territoire de Nice.

En 1109, après la donation primordiale de Châteauneuf à l’abbaye de Saint-Pons, nous trouvons ce village en possession d’autres seigneurs qualifiés de « fils de quondam Petri Isnardi », et portent les noms de:
-Isnard,

-Guillaume Talono,

-Pierre Autrigo

-Raymond.
Ces quatre frères, sans faire la moindre allusion aux droits de l’abbaye de Saint-Pons, donnèrent au Chapitre de Nice l’église de Villevieille. Les quatre frères de Châteauneuf devaient occuper dans la contrée une position fort notable dès cette époque. Tous eurent des descendants, sauf Pierre, qui se fit prêtre et devint chanoine.

1 ° Isnard, l’aîné, par son mariage devint en outre propriétaire d’un tiers du fief d’Aspremont qui fut aliéné par Bertrand de Châteauneuf en 1240. C’est de lui que descend Pierre de Châteauneuf, le célèbre troubadour qui, en mai 1265, suivit Charles d’Anjou, Comte de Provence -frère de St Louis- dans son expédition de conquête du Royaume de Naples et assista à son couronnement à Rome. Il dédia son poème « Homais non mi cal far plus long attendenza » (Traduction : « Je ne dois pas attendre plus longtemps ») qui nous est conservé à la bibliothèque de la famille des ducs d’Este à Modène (Italie) à Béatrix, Comtesse de Provence, lors de son couronnement comme reine de Naples.

D’Isnard, descendent:

-Jacques, juge de la baronnie de Beuil (1286) ;

-Guillaume, moine en l’abbaye de Saint-Pons; (Nice)

-Geoffroy, seigneur d’Ascros, dont le fils Oberto fut juge à Nice.

-Le dernier descendant de la branche d’Isnard de Châteauneuf fut Ludovic (1400), marié à Philippine Richieri, des seigneurs d’EZE, dont il n’eut pas de descendance.

2° Le deuxième des frères de Châteauneuf, Guillaume Talono épousa Poncia, fille de Raimbald Laugier, vicomte de Nice et de Rixende d’Apt. C’est par cette illustre alliance que le fief de Tourrette passa dans une branche de la famille de Châteauneuf : Poncia et son frère Laugier en avaient reçu la moitié en 1113 par Laugier d’Apt, évêque de cette ville, qui la tenait lui-même en héritage de sa mère Gisla, fille de Raimbald de Nice.

En 1230, la lignée de Guillaume de Châteauneuf, par le manque de postérité de Geoffroi de Châteauneuf, s’éteignit dans la famille Chiabaudi Raymond, mari d’une soeur de Geoffroy. C’est ainsi que les Chiabaudi possèdent de temps immémorial ce fief de Tourrette, qui portait, au Moyen Age, la dénomination de « Castrum Turritae; Chiabaudorum ».

3° Le dernier des quatre frères de Châteauneuf, Raymond, fut le chef d’une lignée qui, elle aussi, s’éteignit dans la première moitié du quatorzième siècle dans les familles Badat, Chiabaudi, Blacas, Bovetti, de Castellane et de Revest.

Le Comté de Nice faisait partie de la Provence. La Reine Jeanne étant sans enfants, elle avait désigné le Dauphin d’Anjou comme son héritier. Son neveu, Charles de DURAS, ne l’entendit pas de cette oreille et après l’avoir fait assassiner en son château de Naples, entreprit une lutte sans merci pour récupérer le Comté. Las de ces luttes, les niçois se mirent sous la protection du Duc de Savoie par un acte de « dédition » en 1388.

Celui-ci accepta d’autant plus volontiers qu’il cherchait depuis longtemps une ouverture de ses états sur la mer .

Si certaines familles nobles restèrent fidèles à la Provence (comme les d’EZE, les BLACAS, etc…) et s’y retirèrent, d’autres restèrent et accédèrent aux plus hautes charges. Le Duc de Savoie accorda même ses faveurs à des familles de la bourgeoisie -marchande ou de robe- créant ainsi une « nouvelle noblesse ».

Ensuite des ventes, partages, héritages multiples qui s’ensuivirent, le fief de CHATEAUNEUF fut morcellé à l’extrême, au point qu’au début du XVIIIème siècle, on ne comptait pas moins de 40 co-seigneurs titulaires d’une ou plusieurs portions du fief, certains ayant même réussi à la/les faire ériger en baronnie, comté ou marquisat.

Dès lors, la possession d’un titre « de CHATEAUNEF » était plus honorifique que de signification féodale…

Enfin, il faut noter que la plus ancienne famille encore représentée de nos jours est celles des marquis de CONSTANTIN de CHATEAUNEUF.

C’est de quelques une de ces soixante familles dont il sera question dans les articles qui suivent, d’abord celles possessionnées à CHATEAUNEUF, aujourd’hui CHATEAUNEUF-VILLEVIEILLE (06390), puis d’autres.

Sources:Toutes sont tirées de l’ouvrage « La noblesse niçoise » de M. J. de ORESTIS di CASTELNUOVO, LAFFITTE REPRINTS, NICE 1912

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